Turpitudes
franco-américaines : et le Noir dans tout cela.
(Réaction
sur le forum du Carrefour de réflexion sur le racisme anti-noir
(CRAN-Suisse) en février 2003, juste avant l’invasion
de l’Irak par les armées US et Anglaise)
Malgré l'abondance des débats de ce forum, le thème
du Noir face aux autres (Blancs ou civilisés) qui est la raison
d'être de ce forum risque à mon avis de passer à
côté des vrais problèmes qui le maintienne dans
sa tour complexuelle d'infériorité. Certes, c'est déjà
connu et entendu, mais disons, le Noir (l’expression) n'est
rien d'autre d'une création du Blanc. L'Afrique aujourd'hui
et la diaspora Noir américaine et antillaise est une fabrication
de l'Europe expansionniste. Quelqu'un l'a déjà souligné
dans ce forum, le Noir est d'abord un concept politique, avant toute
autre considération. Car objectivement, biologiquement, la
peau de l'Africain du sud du Sahara n'est pas noire, il est plutôt
brun avec toutes les nuances dermiques de cette particularité.
Cela n'est aucunement pour nier la particularité biologique
(de la peau) du Noir ; on constate quasiment chez tous les habitants
de cette Terre des variations de couleurs selon les régions.
Aussi la notion de Races (chez les hommes) est une aberration scientifique
et ne se repose que sur la perception eugéniste de ceux qui
en ont défendu l'existence. Il y a chez les hommes une et une
seule race, la race Humaine. Seulement ceux la même (pays dits
civilisés) qui l'admettent aujourd'hui (on ne parle plus de
jaunes, rouges... mais de Blancs et Noirs, comme on parlerait aujourd'hui
de chrétiens et musulmans) se sont laissés piéger
par leur propre étiquetage de l'Humain, dont les fins ne sont
autres qu'une hiérarchisation des catégories d'hommes,
de leur économie et de leur culture. Le racisme est donc un
fait politique minutieusement défendu par des arguments prétendument
scientifiques et économiques. Je dis économique parce
que l'image du Noir, (à part les grands Noirs, ou évolués
qui dansent dans la cours des grands "Blanc") renvoie systématiquement
à la misère, aux barbaries, aux malédictions,
aux folklores, aux enfants qui auraient besoin de tuteurs... Blancs.
Bref, tout cela a aussi été dit. Mais le Blanc ne viendra
pas remettre de l'ordre dans cette hiérarchie, c'est aux Africains
du continent et de la diaspora de saisir les opportunités qu'offrent
l'action et la pensée humaines pour rétablir leur propre
dignité, leur propre humanité afin de pouvoir enfin
dialoguer avec l'autre, non pas en terme de Noir et Blanc, mais d'Homme
à Homme. Car aujourd'hui malgré l'abondance du savoir
sur les fausses théories de races et l'intérêt
de l'Africain à se situer dans l'espace Humain comme Homme,
il reste une altérité fondamentale qui n'est pas sienne.
Car l'altérité du Noir c'est le Blanc, disait Franz
Fanon dans Peau noires, masques blancs.
Eh oui ! On critique, on dénonce le racisme mais le miroir
que nous utilisons est un miroir Blanc. Le Noir se définit,
on s'exprime (en tout cas dans ce forum), on critique et on s'autocritique
à travers des faisceaux conceptuels, existentielles de l'autre
(le Blanc), conscients ou non. Les débats de ce forum sont
passionnants, même s'ils expriment souvent une zone de flottement
avec un désir ardent de se situer dans un monde oui l'étiquetage
humain hérité des croisades civilisationnelles s'est
mué en un rapport mêlé d'attirance-répulsion,
de curiosité et de mépris...
Pour
revenir aux propos de Serge Moala sur les indignations et les manifs
gigantesques contre la guerre en Irak, il faut dire que cette solidarité
se situe dans un curieux élan qui montre bien que dans ce monde
il y a deux poids deux mesures... voir plus. Certes aucune guerre
n'est justifiable, et là encore c'est le politique et l'économique
qui déterminent la guerre et la science leur en procure les
moyens. Si le monde a exprimé sa solidarité au peuple
Irakien c'est d'abord parce que les médias l'ont permis, ensuite
c'est parce que l'Irak est un plus proche du monde civilisé
à tel point qu'il a adopté certains de ses valeurs (les
femmes ont accès à l'école, à l'université
et aux emplois presqu'au même titre que les hommes et surtout
les irakiens peuvent produire des armes à destruction massives,
apanage des pays civilisés...). Malgré toutes les menaces,
les Irakiens restent soudés dans leur dignité d'irakiens...
en dépit de leur régime exécrable.
Mais qu'en est-il des multiples drames actuels et passés du
continent Noir. Ils n’ont d’échos, le plus souvent
que pour souligner la barbarie du Noir dès lors qu’il
est laisser à lui-même. Depuis les indépendances,
les Africains – tout au moins leurs dirigeants - n’ont
pas témoigné d’un élan libérateur
de leurs pays, d’un amour de leur histoire et de sa douloureuse
particularité. Et chaque fois qu’un Africain a demandé
ou exigé une vision, une démarche africaine pour l’Afrique,
il s’est toujours trouvé un autre africain dans sa propre
maisonnée pour l’abattre, un frère pour lui dire
qu’il ne saurait y avoir une vision Africaine, un avenir du
monde Noir sans l’ornière Blanche (ça s’appelle
la politique du troisième homme, théorisée par
Nicolas Agbohou dans son livre « Le franc CFA et l’Euro
contre l’Afrique » éd. solidarité mondiale
A.S., Paris 1999).
La solidarité médiatique du monde envers l’Irak
a quelque chose de similaire en Afrique : c’est la solidarité
mondiale qui a valu la libération de Nelson Mandela…
mais seulement après 27 ans de bagne et des années de
dénonciation de l’Apartheid sans rompre l’amitié
de couleur qui liait le pouvoir blanc sud-africain à ses cousins
des pays civilisés (Suisse, Israël, USA, France (Dulcie
September a été assassiné en France avec la complicité
des services de renseignements français) et j’en passe).
Cyniquement, et avec de la peine dans le cœur, je dirais que
le monde Noir ne mérite pas cette solidarité dont bénéficie
l’Irak d’aujourd’hui car il refuse (en tout cas
leurs dirigeants refusent de s’assumer en préférant
garder leurs tuteurs Blancs et la plupart des africains dits instruits
ont de la peine à se faire comprendre par leurs propres frères
du fait justement de leur décalage avec une certaine Afrique,
un certain monde Noir dont ils sont presque irrémédiablement
coupés du fait de leur EDUCATION, toute blanche elle aussi).
Les propos sur la couleur de Colin Powell sont dérisoires et
reflètent ce complexe d’infériorité dermique
que nous avons à vouloir faire de tout homme de couleur parvenu
aux sommités Blanche, un exemple catégorique de la non-supériorité
du Blanc. A mon avis, Colin Powell est un bon Yankee et agis et réagis
comme tel. Il n’a rien à cirer des vicissitudes du Monde
Noir et quand il s’intéressera vraiment à l’Afrique
se sera peut-être pour son pétrole et son malheur. C’est
naïf et même dangereux d’espérer une libération
africaine de ses dictateurs par les USA : à ce titre ils s’apparentent
comme deux gouttes d’eaux à la France et n’agissent
que pour la seule expansion de leurs intérêts. Le Rwanda
et la Sierra Leone seront oubliés, Sassou Nguesso (Congo) sera
toujours bravement accueilli à l’Elysée (tant
qu’il assure à ELF l’exploitation généreuse
du pétrole congolais) et Charles Taylor (Libéria) ou
encore Obiang Nguema (Guinée équatoriale) commerceront
allègrement avec les USA et l’Europe malgré tous
les crimes qu’ils ont commis et continuent de commettre contre
leurs propres populations. Mais quand un autre dictateur – Mugabe
– déleste les blancs zimbabwéens de leurs menus
privilèges, il y aura toujours de bonnes âmes blanches
pour demander des sanctions économiques contre le Zimbabwe
dont on sait pertinemment que ce sont les plus pauvres qui en mourront…
Mais ce ne sont que des Noirs : ils n’ont qu’à
crever ou demander à leur dictateur de rendre aux fermiers
blancs la majorité des bonnes terres cultivables…
Bref, les Américains sont déjà présents
dans tous les pays pétrolifères du continent (plus corvéables
que les pays du Golfe persique) et se partagent avec la France décriée
aujourd’hui les immenses réserves de pétrole africain.
Et si Colin Powell devait mater du Noir pour son pétrole, il
n’hésitera pas une seconde !
Quant à la France, pays des droits de l’Homme, ce qui
est faux et très contestable si l’on égrène
les mensonges et les ravages humains qu’elle a occasionné
sur le continent Noir et ailleurs (lire entre autres Massacres
coloniaux de Yves Benot, éd. La découverte, Paris
1995), elle ne s’est vraiment jamais soucié des droits
humains, elle a surtout aimé et chéri le DROIT DE SES
INTÉRÊTS – mais c’est de bonne guerre. Chirac
n’est pas contre la guerre par amour des Irakiens, mais absolument
par intérêt, certes intérêt pour une certaine
paix qui fait marcher les affaires (BNP Paribas gère par exemple
la quasi-totalité des revenus du Programme onusien pétrole
contre nourriture et d’autres banques commencent à les
lui disputer)…
Chirac a dernièrement ordonné à Gbagbo de signer
et d’appliquer les accords de Marcoussis, un autre exemple du
tutorat français qui joue le pyromane et le pompier dans toutes
ses ex. colonies en guerre. Mais la France s’impose parce que
les Africains lui laissent le terrain. Et les Africains ne parviennent
pas à s’unir pour défendre leur cause commune
: c’est-à-dire être laissée en paix pour
digérer ses malheurs consécutifs au choc esclavagiste
et colonial. Une malheureuse preuve que l’Afrique politique
manque de vision, de courage et discernement face à ses anciens
colonisateurs qui n’ont jamais été aussi présents
à tous les échelons de la vie économique et politique
du continent Noir, sur le dos des Noirs.
Un exemple relaté dans un des numéros de la revue REGARDS
AFRICAINS montre ô combien le Noir (ou les instances qui
le représentent) n’ont cure de ses intérêts.
En effet quand Regaf’ a proposé une manifestation commémorative
à Genève des 200 ans de l’abolition de l’esclavage
: tout le gotha diplomatique et les personnalités en vue du
monde Noir à Genève et en suisse romande sont restés
muets… sauf l’Ethiopie ou le Rwanda (?) je crois. Aucune
réponse : l’abolition de l’esclavage ? Connais
pas dans la diplomatie africaine…
Ou encore le fiasco du Durban est un constat du monde civilisé
qui nous nie notre histoire, qui nous nie toute reconnaissance et
nos représentants politico-diplomatiques qui refusent de s’unir
pour défendre des valeurs… qu’ils ne connaissent
pas ou dont ils ne savent quoi faire.
Seulement, que faisons-nous ? On attend du monde civilisé notre
développement (il nous développe à sa manière,
à son intérêt), on attend la démocratie,
on attend la reconnaissance et le dédommagement de notre histoire
particulièrement douloureuse, on attend…on attend toujours.
A l’instar de la saignée humaine – que d’aucun
ne veut reconnaître comme crime contre l’humanité
et dédommageable comme tel – l’Afrique compte aujourd’hui
quelques 300000 cadres qui évoluent hors du continent à
ses dépens et pour divers raisons… Vous et nous sommes
peut-être de ces 300000 qui manquent au continent… parce
que pour certains il est invivable, dangereux et assez peu reconnaissant
envers ses fils, d’où l’exil qui alimente ce même
racisme Anti-Noir
Je dirais enfin et avec amertume que si les dirigeants, intellectuels,
savants et autres scientifiques africains (certains ont essayé
de donner au Noir une raison d’espérer et d’être
fier et digne de son être) avaient un temps soit peu aimé
ou défendu sérieusement les intérêts du
continent Noir, on n’est serait certainement pas-là aujourd’hui.
Et le racisme Anti-Noir (terme que personne ne veut reconnaître)
ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui puisque l’autre
(le Blanc) ne nous verrait pas en Noir mais en Homme intrinsèquement
capable d’aspirations et de se donner les moyens de les réaliser...
sans aucun tuteur Blanc!
Est-ce encore possible aujourd’hui ? Là peut-être
réside un vrai débat…