L’imposture
sénégalaise
Il est connu que
mes compatriotes se prennent pour des lumières. C’est ce
qu’ils sont d’ailleurs dans leur intelligence, leur sensibilité,
leur convivialité et leur résilience.
En politique, ils ne le sont pas !
En effet, à voir ce qui arrive depuis 1982 au sud du pays (irrédentisme
casamançais quasi insolvable), à voir ce qui arrive depuis
1987 au nord du pays (situation catastrophique des réfugiés
de la Mauritanie et insécurité du cheptel) ; à
voir les étudiants de Saint-louis et de Dakar qui se font maltraités
et tirer dessus et qui en meurent parfois; à voir Alex
et Ino, les deux plus grands malfaiteurs de la place, applaudis
comme des Héros ; à voir toute une jeunesse modeler son
corps selon ceux des lutteurs Tyson et Bombardier
pour ne l'utiliser finalement que pour agresser les gens, à voir
toute une élite de la gauche patriotique rejoindre avec armes
et bagages le camp des gouvernants pour goûter aux délices
du partage impunissable ; à voir notre hinterland paysan au bord
de la famine permanente depuis 1972 ; à voir les manipulations
des hommes politiques de notre riche diversité confessionnelle
; à voir l'histoire douloureuse de l'Ammoniac et du Joola ; à
voir le climat d’extrême violence (meurtre de juge, agressions
d’opposants et menaces de mort) qui animent la vie politique ;
…
Loin d'être des élus, nous sommes autant que les autres
infortunés du continent et d’ailleurs des damnés
de l'histoire humaine.
Rendons-nous compte de la réalité : nous sommes officiellement
autonomes depuis 1960, et nous sommes en 2004, quarante-quatre ans après
: nous n’avons jamais été aussi dépendants
du bon vouloir de l’Occident !
C’est cela que je nomme l’imposture sénégalaise.
Ceux du parti socialiste sénégalais qui nous ont gouverné
pendant quarante ans, nous ont maltraités, volés, mentis,
se sont faits graciés sans autre forme de procès en mars
2000 sous les applaudissements populaires. Pourtant, durant les douloureuses
années pendant lesquelles Léopold Sédar Senghor
devenu après académicien français, puis Abdou
Diouf et Tanor, et leurs collectifs de chasseurs de primes
nous tuaient, nous volaient, nous les Badooloos. Hé
bien, pendant ce temps Karim et Sindiely, les enfants
de celui qui les a graciés étaient assurés quant
à leur avenir. C’est trop facile de gracier quand on a
rien subi !
Sada Ndiaye, Mbaye Jacques DIOP, Moustafa Niasse, Abdourahim Agne,
Siga Séye Coulibaly, Djibo KA, Mbaye DIOUF, et j'en passe...
Toutes et tous coupables de corruption, de concussions, de délations
et d’abus de la confiance populaire au premier degré.
Une liste qui peut se renouveler d’une manière plus longue
et plus douloureuse avec le nouveau personnel gouvernemental.
Un nouveau régime qui a pour leitmotiv : « Le changement
dans la continuité ». Cela veut dire qu’on a changé
les hommes (enfin, … pas tous, ils ont gardé tous les experts
en corruption pour apprendre plus vite) et maintenu et amélioré
le système de vols et de prébendes.
L’alternance au Sénégal est une alternance de voleurs
et d’assassins.
En profitant de sa position nominative et/ou élective, pour détourner
un denier de l'Etat qui vient du patrimoine national pour en faire usage
selon des besoins et des ambitions privés, c'est du vol et du
détournement de fonds, couronnés d’une impunité
légalisée par des amnisties accordées dans le mépris
totale des populations. Dans le cas spécifique du Sénégal
qui fait partie des Pays Pauvres Très Endettés PPTE, chaque
franc CFA détourné par quiconque empêche, un enfant
de la rue de se loger, un paysan de nourrir sa famille, une jeune fille
d'être scolarisée, un élève d'apprendre,
un séparatiste casamançais de déposer les armes,
un réfugié de Rosso de vivre, un Alex
de cesser de voler de braves gens…
Voila la situation mes amis et nous, nous sommes par trop tolérants
et complaisants, vis-à-vis de tout cela.
Ce qui arrive aux autres est un avertissement pour ceux qui prennent
le temps de lire, d’observer et de s’en instruire pour s’en
servir. Mais on peut se demander qui peut lire sous nos tropiques. Qui
a accès à l’éducation et aux connaissances
gratifiantes qu’elle peut apporter ? Là aussi le fossé
est énorme entre l’élite instruite et l’immense
majorité des exclus du savoir…
Le fait d'ignorer nos contradictions et nos problèmes nationaux
aujourd'hui ne les élimine en aucun cas. Ignorer une contradiction,
ce n'est pas l'éliminer, c'est le transférer à
plus tard, et plus on les transfert, plus on capitalise la haine, la
violence et le sang, et plus douloureux sera le Dénouement, ou
la chute.
Il est grand temps de comprendre que notre tolérance ou notre
prétendue impuissance est une complicité. Notre refus
de subir les affres de nos politiques et leurs commanditaires occidentaux
est un engagement de solidarité avec nos peuples meurtris, un
acte d'opposition, de révolte et de propositions de voies alternatives
pour une véritable renaissance de l’Afrique.
Cette solidarité, nous la devons aux autres et surtout à
nous mêmes.
Il ne faut cesser de se rappeler ces mots de Jean ZIEGLER : "Je
suis l'Autre, l'autre est Moi. Il est le miroir qui permet au Moi de
se reconnaître. Sa destruction détruit l'humanité
en moi. Sa souffrance, même si je m'en défends, me fait
souffrir.
Aujourd'hui, la misère des humbles augmente, l'arrogance des
puissants devient insupportable. L’histoire mondiale de mon âme
vire au cauchemar. En écrivant, je veux contribuer à délégitimer
la doxa des seigneurs. »