EXIT
LES RESPONSABILITES EXTERIEURES DES CRIMES EN AFRIQUES
Pour conforter sa thèse de l’infériorité,
de l’incurie et de la fatalité des Africains qui ne peuvent être que
seuls responsables de leurs malheurs qui durent depuis la Traite des
Noirs, Smith use et abuse de propos d’Africains instrumentalisés,
désabusés ou pessimistes sur le sort du continent. Il distille sournoisement
des théories qui s’appuient sur leurs constats accusateurs et sur
des comparaisons raciales visant invariablement à nier la capacité
intrinsèque de l’Africain Noir à se développer lui-même.
Le négationnisme de Smith c’est de dire que, malgré Toute « l’aide » de l’Europe – de la France notamment
–, malgré sa « magnanimité » à lui apporter la civilisation
des Lumières, malgré sa volonté d’apporter le développement, la démocratie
et les droits de l’homme sur le continent, l’Afrique est un espace
réfractaire au progrès. Car le problème c’est l’Africain et sa culture !
Les Africains ne peuvent pas s’en sortir seuls. Ils gaspillent le
crédit que l’occident leur a accordé : civilisation, indépendances,
aide, coopération, démocratures, dettes, sous-développement,
etc. Il faut leur montrer le chemin, il faut leur tenir la main –
comme on tient la main d’un grand enfant lui rappelant constamment
que ce qui lui est dicté est bon pour lui, l’unique voie. Sinon il
y a rien a y attendre. Comme la France ne peut, ne veux ou prétend
ne plus vouloir assumer ce continent, on déclare solennellement que
la France n’y est et n’y sera pour rien dans sa descente aux enfers.
Ne venez donc pas faire le procès de la France. Ne dites pas que la
France n’a pas fait de son mieux pour aider l’Afrique à se développer.
Exit toutes les compromissions, les responsabilités et les complicités
avérées de génocides, de crimes politiques, économiques et environnementaux
que la France a commis, aidé à commettre et continue de commettre
dans de nombreux états d’Afrique par le biais de ses grandes
entreprises, de son armée et ses services secrets, des gouvernements
successifs depuis de Gaulle et par ses potentats installés depuis
les factices indépendances africaines des années 1960 !
Exit la démocratie, les pardons et les réparations nécessaires à une
saine coopération dans les relations franco-africaines.
Exit les échanges mutuellement enrichissants, la compréhension
et le respect de l’altérité.
Exit les véritables solidarités possibles entre citoyens français,
européens et africains.
Exit en somme la vérité sur l’histoire et la cruelle actualité
désespérante de cette Afrique que Stephen Smith et ses réseaux de
négationnistes tentent de cacher aux citoyens français et du monde,
ou de leur présenter comme une fatalité typiquement africaine.
LIMITER LA
SOUVERAINETE DES ETATS AFRICAINS
Mais
cela ne suffit pas, Smith reprend dans un article du Monde
du 22 mai 2003 les propos
l’ancien ministre français des affaires étrangères, Hubert Védrine
qui préconise d’«actualiser, rendre légitime les formes modernes
de protection ou de tutelle sous mandat du Conseil de Sécurité réformé ».
Le commentaire de Smith est sans ambiguïté : « Ce serait
là, en effet, une précaution élémentaire contre la « négrologie ».
Car quelque soit la limitation de souveraineté qui sera imposée
aux « Etats ratés » en Afrique, le risque est grand d’y réveiller des fantômes
du passé, de réaliser les fantasmes phobiques d’une altérité conquérante
chez les habitants de « contrées sauvages » qui, précisément
pour ces motifs, sont restés des refuges en marges du monde. »
Cela veut dire clairement que certains milieux français et occidentaux
pensent sérieusement à une officialisation et à une institution pur
et simple des dépendances africaines qui existent déjà vis-à-vis de
l’Europe et de l’Occident en général. Ceux qui en appellent à la recolonisation
de l’Afrique ne peuvent pas trouver meilleure tribune. Il y a même
cette Loi du 23 février 2005(11) qui reconnaît – et fait adopter par les programmes
scolaires français – le rôle particulièrement « positif de la
présence française outre-mer », notamment en Afrique du Nord.
Les Maghrébins apprécieront ! Mais cette loi est dans l’ère du
temps. On peut donc recoloniser l’Afrique.
La pirouette
du Conseil de Sécurité réformé – qui prendrait sous sa tutelle les
«Etats ratés » – est un cheval de Troie car l’ONU, depuis
sa création, obéit aux intérêts des puissances occidentales, dont
la France et ses réseaux. Le droit d’ingérence militaro-humanitaire
et économique dans les Etats s’affirme ainsi, exactement comme le
devoir de civiliser et de christianiser les « contrées sauvages »
a balisé le chemin qui a abouti à la colonisation et à la mise sous
tutelle de fait des Etats africains par l’Europe.
Dire que les
Africains sont restés en marge du monde – entendez pauvres et sous-développés
– « précisément »
parce qu’ils sont habitants de « contrées sauvages »,
c’est non seulement nier leur capacité intrinsèque d’aspirer et de
réaliser le progrès par leurs facultés et ressources propres, mais
également nier toute responsabilité de la France et de l’Occident
dans ses manœuvres ininterrompues qui ont placé ses hommes de confiance
et ses intérêts au-dessus du développement de l’Afrique. Malgré les
tentatives d’auto-absolution des négationnistes, il est indéniable
que le sous-développement du continent avec son corollaire de conflits
et de pauvreté est en grande partie lié à une gestion catastrophique
et prédatrice des biens et ressources publiques et privés – qui s’y
mélangent allègrement – par des pouvoirs politiques et économiques
mis en place, soutenus et entretenus par des intérêts prioritairement
français et occidentaux.
Certes il
y a en Afrique – comme dans toutes les sociétés du monde – des coutumes
réactionnaires, réfractaires au progrès. Considérer les cultures africaines
dans leur ensemble comme « des freins au développement »
est un mensonge et une injure aux cultures et à l’intelligence individuelle
et collective des Africains. Nos coutumes sacralisées et nos gris-gris
n’ont pas causé le sous-développement de l’Afrique. Au contraire,
on peut même dire que c’est grâce en partie à l’espoir que représentent
nos coutumes que nous survivons encore aujourd’hui en Afrique. Il
ne s’agit aucunement d’occulter les responsabilités africaines, ni
d’exonérer les pouvoirs et les intellectuels africains dans leurs
compromissions avec la France et l’occident dans la criminalisation,
le pillage et le sous-développement de l’Afrique. Il s’agit de dénoncer
le fait que l’on est en train de consigner impunément au 21ème
siècle dans les annales de l’Histoire que les Africains sont des incapables
et leurs cultures, « des freins au développement. »
Seuls ceux qui « parviennent à s’échapper de l’Afrique réussissent
[…] d’autan mieux qu’ils s’arrachent à la sociabilité africaine.»(12) Encore, une fois, seuls les Africains qui se
désafricanisent, seuls ceux qui s’exilent ou s’occidentalisent réussissent
selon Smith, et peuvent ainsi se développer.
DESINFORMATION
ET NEGATIONNISME
La désinformation
et le négationnisme des négrologues
se diffusent de plus en plus dans les médias car ils savent ou espèrent
que la conscience citoyenne est anesthésiée de part et d’autre, émoussée
par ces infos que les médias ne cessent de produire et diffuser en
boucle. Les lecteurs devraient revendiquer une Journée Mondiale Sans
Infos. Juste le temps de se « dé-saouler » et peut-être
songer à vérifier le millième des infos déversées par les médias.
Infiniment peu de lecteurs auront l’intention, le temps et les moyens
de vérifier ce qui se lit dans un essai politique ou dans les journaux,
ce qui se dit et se montre à la télé… Alors, pour la France officielle,
le négationnisme de Smith n’est que vérité qu’il faut saluer.
Ainsi, malgré ses amalgames et sa réduction des Africains à une seule
et même masse paresseuse, une entité improductive et foncièrement
inapte au développement, Négrologie a obtenu le Prix Essai
de France Télévisions, une institution publique dont le jury était
présidé par Bernard Pivot. Que comprendre alors ? Que la France
officielle approuve les thèses soutenues et développées par Smith dans
son livre ?
Si Bernard Pivot a lu Négrologie, il a dû lire ceci :
« leur civilisation matérielle, leur organisation sociale
et leur culture politique constituent des freins au développement
[…] ». Pivot et les membres du jury ont dû aussi lire ceci :
« L’Afrique ne tourne pas parce qu’elle reste « bloquée » par
des obstacles socioculturels qu’elle sacralise comme ses gris-gris
identitaires ». Ils ont dû lire également que si
les Israéliens dans « un échange démographique standard »
prenaient la place des Tchadiens, « le Tibesti fleurirait et une
Mésopotamie africaine renaîtrait sur les terres fertiles, entre le
Logone et le Chari ».
Entre autres
affirmations de l’incapacité raciale et socio-culturelle des Africains,
si Bernard Pivot a lu ces passages et malgré tout n’a pas trouver
à redire qu’un jury qu’il a présidé attribue un prix à son auteur,
c’est qu’il approuve – comme le reste des membres du jury – les thèses
de Smith. Il en va de même pour Calmann-Lévy, l’éditeur de Négrologie.
Sans compter France Télévisions, les institutions et les personnes
qui ont encensé cet ouvrage… Ce scandale mérite réparation et engage
non seulement la responsabilité de l’auteur mais également de son
éditeur, des médias et des institutions qui ont fait de la publicité
et donner foi à l’ouvrage.
LE
DANGER
Le danger est que cette unanimité officielle
participe au négationnisme négrophobe ambiant. C’est-à-dire qu’elle
contribue à l’évacuation des grandes responsabilités des pouvoirs
la République française dans les nombreux désastres que ne cessent
de souffrir des millions d’êtres humains sur le continent africain.
La vigilance et l’engagement de certains intellectuels – africains
et non africains – nous tirent la sonnette d’alarme sur cet état des
choses insidieux et sournois. C’est ce qu’on tenté avec véritable
cri de cœur de Diop, Tobner et Verschave, les trois auteurs de Négrophobie.
Ce livre a le mérite de nous éclairer davantage sur les tendances
négationnistes et disculpatoires de la France officielle et officieuse,
et les anciennes puissances coloniales en général, dans ces horribles
crimes commis en Afrique de l’Esclavage à nos jours.
Négophobie
est un ouvrage à lire absolument par tout Africain et quiconque désire
s’instruire de la désinformation distillée ces derniers temps autour
des relations franco-africaines. Il permet également d’entrevoir les
« dessous des cartes » qui ont compromis et continue
d’empêcher dans une large mesure l’auto-determination et le développement
socio-économique des peuples et populations d’Afrique.
Certains crimes en Afrique étant connus ou reconnus, même du
bout des lèvres, par les anciennes nations esclavagistes et colonialistes,
il n’en demeure pas moins que le sort de l’Afrique reste largement
scellé par les réseaux criminels françafricains qui n’hésitent toujours
devant aucun crime pour mettre le pré carré français sous la coupe
réglée des intérêts français et occidentaux. Désormais privatisés
aux grandes compagnies et leurs multiples lobbies qui grouillent à
Paris, Bruxelles, Genève, Londres ou New York, il s’agit désormais de contraindre davantage et
rapidement les Etats africains à privatiser et ouvrir totalement leur espace au commerce et
aux ingérences unilatérales des grandes multinationales, banques et
organisations internationales qui privent de fait les Etats d’Afrique
d’une grande partie de leur souveraineté.