A
la mémoire de Sergio Melho de Vieira(*),
sage et philosophe
Jadis j'ai
été président du centre suisse romand des écrivains,
le PEN Club. On m'a dit: "Eh, toi, président du Centre suisse
romand du PEN Club, bouge-toi un peu pour libérer les écrivains
en prison, tous ces prisonniers pour cause de délit d'opinion.
Sors les prisonniers, les prisonnières, fais comme les ONG et autres
sans frontières".
Alors, j'ai posté des lettres aux geôliers, envoyé
les e-mails par milliers pour libérer les emprisonnés. Mais
les geôliers ils savent pas lire; alors j'ai dit: "je prends
leur place aux prisonniers, ils ont tant à dire; ils doivent sortir".
Les gardes m'ont dit: "laisse-les ici pour écrire, dehors
c'est pas mieux si pas pire". J'ai dit: "j'exige leur libération,
ils sont l'honneur de votre culture, de votre nation. Je fais la grève
de la faim, aujourd'hui, demain et après-demain". Ce sont
les prisonniers qui m'ont expliqué, ils ont dit: "notre prison
est en prison, nos geôliers sont en prison, nos présidents
emprisonneurs sont en prison; not' pays est tout en prison. Nos dirigeants
et nos pays sont interdits de démocratie, depuis des décennies
et décennies, soumis qu'ils sont à la tyranniecorruption
nationalétrangère, l'autre choix c'est la misère,
la clochardisation et assistance alimentaire. La liberté et la
démocratie chez nous ça dérangerait l'ordre établi
pour les marchés, les produits et la hiérarchie entre pays.
Alors chez nous on emprisonne: démocrate, râleur, écrivain,
mais ça depuis les années 20, 80, 2020. Les ONG et humanitaires
et l'Otan sans frontière savent tout ça avec acharnement
et compassion et y travaillent en commission depuis bien longtemps".
J'ai dit: chez moi qu'est-ce que je réponds quand on me dit: "libère-les
de prison !" "Dis-leur, sortez de vos propres prisons, de la
finance totalitaire, de l'obsession de vos rentes et pensions, du cumul
de vos ressources qui tarit pour les autres toutes sources, sortez de
vos maisons-bastions". << Stop, je dis stop, assez de vot'
baratin, je veux du concret, chez nous l'abstrait on déteste, ça
fait mauvais effet. Je demande qui détient les clés, un
point c'est tout ? qui est si riche en portes de prison, en clés,
verrous, cadenas et bâtons? Qui sont les super-emprisonneurs qui
font régner l'ordre et la terreur, du pôle à l'équateur?
Qui tient les clés des coffres forts, du pétrole, des céréales,
des drogues et de l'or? les clés des porte-avions, des tanks, des
enfers mafieux et des banques? Qui sont ceux qui emprisonnent les prisonniers
et leurs geôliers? quoi? >>
<< QUOI? Les porteurs de ces clés ont aussi les clés
de la Liberté, des Droits de l'Homme! Mais qui sont ces surhommes
des libertés et du freedom? Alors leurs prisons sont imprenables!
et la Haye une digue infranchissable ! Juges et parties ils nomment en
vainqueur: juges et procureurs, passant du démocratique au tyrannique
comme le décrit si bien Platon dans la Républiiiique >>.
Sortons de nos maisons, de nos prisons, de nos cumuls en béton.
Artistes, écrivains, poètes, sachez qui vous êtes:
une chance de libération, aujourd'hui, demain et autres générations.
Il ne nous reste plus entre nous que l'accueil. Nos plus hautes sécurités
sont l'amitié et l'hospitalité, notre bouée de sauvetage:
le courage.
A toi, Sergio Melho de
Vieira, le courageux.
J.A. Koutchoumow - février 2004
PS.: Des prisonniers
ont juste écrit: "ne parlez plus de notre pays de peur qu'on
nous fiche la démocratie par bombe intelligente, bactérie
savante, par exaltés infiltrés, religieux téléguidés;
nous ne voulons plus d'humanité envoyée par l'étranger,
le marché, le financier, le tout militarisé.
(*)
Le brésilien Sergio Melho de Vieira était le réprésentant
spécial de l'ONU en Irak où il a été assassiné
en août dernier lors de l'attentat contre la réprésentation
des Nations Unis dans ce pays. Cet attentat a également coûté
la vie à de nombreux fonctionnaires onusiens et à des irakiens.
Sergio Melho repose désormais au Cimétière des Rois
à Genève (note
de bailos.net).
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