La Chronique du mois - N°1 - Février 2004

Par J. Alexis Koutchoumow (Ancien président du PEN Club Suisse romande)
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A la mémoire de Sergio Melho de Vieira(*), sage et philosophe

Jadis j'ai été président du centre suisse romand des écrivains, le PEN Club. On m'a dit: "Eh, toi, président du Centre suisse romand du PEN Club, bouge-toi un peu pour libérer les écrivains en prison, tous ces prisonniers pour cause de délit d'opinion. Sors les prisonniers, les prisonnières, fais comme les ONG et autres sans frontières".
Alors, j'ai posté des lettres aux geôliers, envoyé les e-mails par milliers pour libérer les emprisonnés. Mais les geôliers ils savent pas lire; alors j'ai dit: "je prends leur place aux prisonniers, ils ont tant à dire; ils doivent sortir". Les gardes m'ont dit: "laisse-les ici pour écrire, dehors c'est pas mieux si pas pire". J'ai dit: "j'exige leur libération, ils sont l'honneur de votre culture, de votre nation. Je fais la grève de la faim, aujourd'hui, demain et après-demain". Ce sont les prisonniers qui m'ont expliqué, ils ont dit: "notre prison est en prison, nos geôliers sont en prison, nos présidents emprisonneurs sont en prison; not' pays est tout en prison. Nos dirigeants et nos pays sont interdits de démocratie, depuis des décennies et décennies, soumis qu'ils sont à la tyranniecorruption nationalétrangère, l'autre choix c'est la misère, la clochardisation et assistance alimentaire. La liberté et la
démocratie chez nous ça dérangerait l'ordre établi pour les marchés, les produits et la hiérarchie entre pays. Alors chez nous on emprisonne: démocrate, râleur, écrivain, mais ça depuis les années 20, 80, 2020. Les ONG et humanitaires et l'Otan sans frontière savent tout ça avec acharnement et compassion et y travaillent en commission depuis bien longtemps".
J'ai dit: chez moi qu'est-ce que je réponds quand on me dit: "libère-les de prison !" "Dis-leur, sortez de vos propres prisons, de la finance totalitaire, de l'obsession de vos rentes et pensions, du cumul de vos ressources qui tarit pour les autres toutes sources, sortez de vos maisons-bastions". << Stop, je dis stop, assez de vot' baratin, je veux du concret, chez nous l'abstrait on déteste, ça fait mauvais effet. Je demande qui détient les clés, un point c'est tout ? qui est si riche en portes de prison, en clés, verrous, cadenas et bâtons? Qui sont les super-emprisonneurs qui font régner l'ordre et la terreur, du pôle à l'équateur? Qui tient les clés des coffres forts, du pétrole, des céréales, des drogues et de l'or? les clés des porte-avions, des tanks, des enfers mafieux et des banques? Qui sont ceux qui emprisonnent les prisonniers et leurs geôliers? quoi? >>
<< QUOI? Les porteurs de ces clés ont aussi les clés de la Liberté, des Droits de l'Homme! Mais qui sont ces surhommes des libertés et du freedom? Alors leurs prisons sont imprenables! et la Haye une digue infranchissable ! Juges et parties ils nomment en vainqueur: juges et procureurs, passant du démocratique au tyrannique comme le décrit si bien Platon dans la Républiiiique >>.
Sortons de nos maisons, de nos prisons, de nos cumuls en béton. Artistes, écrivains, poètes, sachez qui vous êtes: une chance de libération, aujourd'hui, demain et autres générations. Il ne nous reste plus entre nous que l'accueil. Nos plus hautes sécurités sont l'amitié et l'hospitalité, notre bouée de sauvetage: le courage.
A toi, Sergio Melho de Vieira, le courageux.

J.A. Koutchoumow - février 2004

PS.: Des prisonniers ont juste écrit: "ne parlez plus de notre pays de peur qu'on nous fiche la démocratie par bombe intelligente, bactérie savante, par exaltés infiltrés, religieux téléguidés; nous ne voulons plus d'humanité envoyée par l'étranger, le marché, le financier, le tout militarisé.

(*) Le brésilien Sergio Melho de Vieira était le réprésentant spécial de l'ONU en Irak où il a été assassiné en août dernier lors de l'attentat contre la réprésentation des Nations Unis dans ce pays. Cet attentat a également coûté la vie à de nombreux fonctionnaires onusiens et à des irakiens. Sergio Melho repose désormais au Cimétière des Rois à Genève (note de bailos.net).