Gamo, ou la Rage de peindre - Photo © Baïlos
Oto portrait de José Gomez alias Gamo
JonXion  Graffitis_Couverture

Extraits de JonXion Graffitis (A la rencontre de Gamo)

Après quelques rencontres épisodiques dans le quartier de la Jonction, nous avons fini par nous retrouver au bord du Rhône ce jour 17 juin 2003 pour parler de Gamo et des graffitis de la Jonction. L’entretien a été franchement sympathique, et cette sympathie s’est opérée au fur et à mesure que je répétais à Gamo mon envie d’écrire un livre sur les graffs. Les débuts ont été plutôt timides, car Gamo dans toute sa sympathie a un caractère fort…
Ma première impression est qu’il craignait que je ne sois un de ces photographes mitraillant les graffs pour le compte d’agences ou de revue spécialisées. Gamo, comme de nombreux jeunes graffeurs sont de jeunes gens qui entendent garder leurs affaires en main. Ils font eux-mêmes d’admirables photos sitôt après avoir graffé une façade, ils exposent parfois leurs œuvres et les déclinent sur des supports variés.
Le but de cet ouvrage n’est donc pas sortir le graff des bas-fonds urbains pour le vendre, mais d’aller à la rencontre d’une expression que je ne prétends pas avoir comprise, d’en exposer quelques facettes et de partager mon admiration pour cet art. Un art insolite et potentiellement libérateur non seulement pour ceux qui en sont porteurs et les expriment mais également pour ceux qui savent en retenir la substance.
Mon admiration pour ces graffs, ma franchise quant au but de ma démarche et ma volonté de m’entretenir avec lui pour comprendre un peu mieux ces consciences critiques qui se cachent derrière les graffitis m’ont aidé à mieux prendre contact avec Gamo au sujet de sa vie de graffeur… A la rencontre de Gamo est donc la synthèse de nos entretiens que j’ai essayé de transcrire le plus fidèlement possible.

– Gamo, et si vous nous parliez de vous : Qui est Gamo ?

Gamo

Gamo est une personne très humaine qui a lancé le délire de Gamo, parce que c’est mon surnom pour pouvoir m’exprimer sur les murs sans que personne ne sache qui je suis. J’ai pris ce mot parce que c’est l’une des premières lettres de mon nom de famille et il contient le mot « game » qui représente le jeu. Le fait de taguer c’est comme un jeu. Au début je taguais pour m’amuser et je signais Game pour signifier que je m’amusais et par la suite j’ai mis « o » parce que c’était beau…

- Le graffiti est donc pour vous un jeu ?

Gamo
A la base le tague est surtout une forme d’expression pour les jeunes qui ont quelque chose à revendiquer et qui ne sont pas vraiment écoutés. Donc c’était un biais pour exprimer le fait qu’on soit vivant, qu’on soit là, dans une société qui peine souvent à admettre notre présence et nos exigences de changement. C’est une façon de montrer que dans les basses couches du système il y a des révoltés. C’était aussi un peu de la révolte…

- Vous parlez des basses couches du système. De quel système s’agit-il ?


Gamo
Le système qui fait que la vie se déroule tous les jours identiquement. Des choses que l’on réalise étant ados que c’est un peu en sens unique pour beaucoup de gens. Que tout marche par « pistons », l’argent, le pouvoir, enfin toutes ces choses dont on se rend compte en devenant adulte qu’elles font partie de notre vie. C’est donc une certaine révolte contre cette réalité qui m’a poussé vers le graffiti. J’étais un rebelle et je voulais prendre un chemin que personne n’a pris.

- Quand avez-vous commencé à peindre des graffs sur les murs ? Et pourquoi avoir choisi cette forme d’expression très éphémère et souvent mal perçue et mal comprise ?

Gamo
Quand j’étais plus jeune, j’étais autodidacte. J’aimais dessiner sur du papier toutes sortes de motifs qui me passaient par la tête. Car, au lieu d’avoir des jouets à la mode, mes parents m’achetaient des stylos et des crayons. Comme tout le monde à l’école, on nous a inculqué des bases de dessins, d’aquarelles et toutes ces techniques qu’il faut pour reproduire ou créer un dessin sur papier…
Pendant cette période est venu le Hip hop avec son phénomène de danse et de musique. Je me suis très vite senti proche de cette mouvance. Parce que j’avais aussi beaucoup de haine (révolte) en moi vis-à-vis du système, comme je le disais au début. Le fait de ne pas pouvoir avoir une paire de Nike parce que mes parents n’ont pas toujours la facilité de me l’offrir. Ça c’est la période tag où c’est vraiment la révolte ; et on taguait pour défoncer.
Après est venu le graffiti qui se rapproche de mes premières expériences sur papier, mais qui revenait à tout réapprendre sur un format avec des échelles où il faut imaginer le peintre grand comme une gomme sur une feuille de papier. Il s’agissait donc de savoir et pouvoir retranscrire sur des façades ce que je savais faire sur papier A4. Cc’étais devenu pour moi un défi.
J’aime toutes les formes d’expressions qui se déclinent par l’image.
Dans les années 80 commençaient a venir des Etats-Unis ces graffitis associés à la mouvance Hip hop. J’ai vu qu’on pouvait faire des graffs et des fresques de tout ce qui nous arrivaient des cités américaines. Comme j’aime dessiner, j’ai commencer à prendre les bonbonnes et à me mettre sérieusement à vouloir faire pareille. Et j’ai eu des bévues, parce que forcément on ne maîtrise pas tout de suite. Avec le temps, le matériel s’est aussi peaufiné avec des buses interchangeables qui permettent des faire des traits fins et plus en plus précis. A force de pratiquer j’ai amélioré mon style, ma façon de faire. Mais c’est avant tout le plaisir personnel que je prend à graffer qui me motive. J’aime dessiner sur une feuille et encore plus sur des grandes surfaces même irrégulières…

... à suivre